Au cinéma : « Les petits maîtres du Grand Hôtel », un film musical sur la formation aux métiers de salle

Dans un documentaire drôle et touchant, des élèves et leurs professeurs se révèlent en chantant. C’est la première fois qu’un film est dédié entièrement à la formation de jeunes dans les métiers du service et des arts de la table. À regarder sur le grand écran depuis le 25 septembre.


« Couper, flamber, dresser…Courir, servir, sourire… Pas toujours évident quand on a 17 ans. Une école hôtelière, une comédie musicale documentaire. » Voilà le synopsis du film musical Les petits maîtres du Grand Hôtel, réalisé par Jacques Deschamps en 2017, année où l’établissement hôtelier Lesdiguières à Grenoble (38) fêtait ses 100 ans. Le réalisateur a observé les jeunes élèves en formation pour servir, nettoyer et cuisiner dans les palaces et tables étoilées. Entre comédie musicale et documentaire, rythmes improvisés en cuisines et confidences à l’office, ils chantent leur apprentissage. Bien se tenir, sourire, accueillir, exécuter des ordres sans faillir, cela va-t-il de soi lorsqu’on a seize, dix-sept ans ? Le réalisateur a filmé avec humour leurs premiers pas dans le métier, entre enchantement et maladresse, ainsi que les professeurs qui sont la clé de voûte de ce long apprentissage. « Ça m’a tout de suite plu, ce projet. J’étais sensible au fait que Jacques soit tombé sous le charme du lieu et de ce qu’y vivent et « répètent » les élèves. Qu’ils aient envie de raconter l’évolution professionnelle de jeunes gens en situation réelle d’apprentissage, avec l’idée de les embarquer dans une comédie musicale, je me suis dit que ça valait le coup. Moi qui apprécie les projets et l’aventure, je devais d’un coup d’un seul convaincre ma hiérarchie de m’autoriser à conduire ce projet et, dans la foulée, inciter l’équipe pédagogique, les personnels et les élèves qui me sont confiés, à s’engager dans l’aventure à mes côtés, raconte Eddy Fourna, DDFPT du lycée Lesdiguières depuis 5 ans, qui fait même un solo dans le film. Le plus délicat, étant donné la complexité et les difficultés qu’on peut connaître à l’adolescence dans son rapport aux autres et à sa propre image, c’était d’amener les élèves à accepter la présence d’une caméra dans leur milieu et leur rythme scolaires, de suivre des ateliers de chant et de chorégraphie, d’entrer dans le jeu proposé par le film et par l’équipe… Cela n’a pas toujours été chose aisée pour les élèves, ni même pour les enseignants, mais leur investissement à tous a été remarquable et le rendu à la hauteur de nos attentes. »


3 questions à Jacques Deschamps, réalisateur :   

Qu’est-ce qui vous a immédiatement intéressé dans ce lieu et cette organisation ?

L’aspect théâtral. J’ai tout de suite eu le sentiment que ces jeunes gens étaient en train de répéter le rôle de leur vie ; qu’ils évoluaient dans un décor et des costumes trop grands et trop austères pour eux, avec un texte et des enchaînements, comme au music-hall, qu’ils ne maitrisaient pas toujours… Certains ont beau essayer de vanter les mérites du menu du moment, les mots ne sortent pas, le trac les rend muets et les profs, comme des souffleurs, doivent leur chuchoter leurs phrases… Et tout cela se joue devant un public exigeant, puisque ce sont de « vrais » clients, qui paient « vraiment », qui assistent à leurs numéros et jugent leurs performances…

Leur apprentissage est basé sur des règles strictes – un certain maintien, des gestes précis…

Et j’étais sensible à cela aussi. Tout ce qu’on leur enseigne est extrêmement minutieux – on dirait presque une chorégraphie : ils marchent souvent au pas,à cinq ou six, comme des soldats ; ils portent leurs plateaux de façon très graphique. Les sons qu’on entend dans l’hôtel me séduisaient également – les voix des profs qui claquent, les portes qui battent et ces très belles sonorités et rythmiques qui sortent des cuisines, comme des percussions…

Est-ce ce qui vous a donné d’emblée l’idée de faire glisser le film vers la comédie musicale ?

Les grands hôtels font penser à des décors de comédies musicales — Hollywood y a souvent situé ses actions sur des rythmes tantôt langoureux, tantôt endiablés. Et il me semblait qu’en « enchantant » l’hôtel Lesdiguières, mais en m’appuyant sur ce qui s’y joue de plus réel, parfois de façon cruelle, cela donnerait une dimension supplémentaire au documentaire. Surtout, cela me permettait d’associer les élèves à la fabrication du film.

Les jeunes avec le réalisateur.

Infos pratiques :

Les petits maitres du Grand Hôtel – un film de Jacques Deschamps – durée 1h20 – sortie le 25 septembre

Bande-annonce ici