« Je mange donc je suis » : une exposition dédiée à l’alimentation à ne pas manquer !

Jusqu’au 1er juin 2020, le Musée de l’Homme à Paris (XVIe) accueille une exposition temporaire dans des domaines aussi variés que la formation du goût, les manières de table, la gastrodiplomatie, les modèles agricoles, les patrimoines culinaires, l’alimentation de nos ancêtres… Visite privée avec le commissaire scientifique de cette exposition, Christophe Lavelle.


Quel rôle a joué l’alimentation dans notre évolution ? Comment l’acte de se nourrir, vital et quotidien, façonne-t-il en même temps nos identités à travers des pratiques culturelles, des rituels et des interdits ? Sur 650m2, l’exposition « Je mange donc je suis » répond aux questions que l’on se pose sur l’alimentation d’hier et d’aujourd’hui. Elle a été construite sur 3 thèmes principaux – Corps et nourritures ; Cultures comestibles ; Nourrir le monde -, chacun étant décliné en 4 modules de réflexions. Grâce à des dispositifs interactifs, le visiteur suit un parcours ludique et original, émaillé de plus de 450 objets exposés et appartenant au Muséum national d’histoire naturelle. On y retrouve notamment le crâne d’Antonin Carême (grand pâtissier du 19ème siècle), l’œuvre de Lilian Bourgeat, mais aussi des objets de table prêtés par le Palais de l’Élysée comme une collection de la Manufacture de Sèvres. La mise en scène est parfois décalée : on peut retrouver un caddie géant – faisant référence à la surconsommation du 21ème siècle -, dialoguer avec une vache fictive sur les différents régimes alimentaires, découvrir un squelette de poulet ou « l’homme invisible » qui se camoufle dans les rayons des supermarchés ; regarder une série d’émissions culinaires de Raymond Oliver, en passant par Joël RobuchonMaitéJean-Pierre Coffe et TopChef ou encore des petits films sur les « manières de table », contextualisant chaque repas présenté ! « Je mange donc je suis » interpelle sur différents sujets, sans jamais prendre parti, afin que le visiteur se fasse son propre jugement. La consommation d’insectes est-elle néfaste pour l’environnement ? Faut-il continuer à manger de la viande ? Dans 50 ans, l’individu mangera-t-il seul ou accompagné à table ? L’exposition vise à donner les réponses…


3 questions à Christophe Lavelle :

Un œil en salle : Quelle est la démarche de l’exposition « Je mange donc je suis » 

Christophe Lavelle : Avec la commissaire muséographe Marie Merlin, nous voulions tout d’abord mettre en avant nos collections. Car nous avons plusieurs millions de spécimens dans les tiroirs du Muséum. Ils sont seulement rendus visibles dans les parcours permanents et temporaires. C’est l’occasion de les valoriser, à travers un discours scientifique, soutenu par les chercheurs du Muséum et accessible au grand public. L’exposition vise aussi à montrer l’interdisciplinarité de l’alimentation. Aujourd’hui, si on veut aborder ce sujet, il faut avoir des notions en physique, chimie, biologie, physiologie, médecine, anthropologie, géographie, sociologie, psychologie… tirer la ficelle de plein de domaines différents avec des chercheurs spécialisés dans chaque domaine.

Que voulez-vous également mettre en avant ? 

CL : L’alimentation s’inscrit dans l’histoire ; ce que nous mangeons dépend de comment nous nous sommes construits. Une vision verticale dans le temps, mais également une vision horizontale vis-à-vis de la planète. L’histoire de l’alimentation est différente d’un pays à l’autre. Par contre, le discours de l’exposition s’arrête à la science. Nous souhaitons faire passer des messages sans prendre parti – ce n’est d’ailleurs pas le but d’un musée ! Le visiteur prend l’information et se fait son propre jugement. Enfin, il y aura de nombreuses occasion d’approfondir et de débattre autour de certains thèmes choisis, notamment lors du cycle de conférences et tables rondes programmées tout au long de l’année (conférence inaugurale le 25 novembre). Et il y a aussi 4 diners programmés, avec une conférence en amont, qui permettra de donner un aspect encore plus convivial aux débats ! Le premier dîner, « manger la préhistoire » le 4 décembre, est malheureusement déjà complet. Mais 3 autres suivront à partir de février 2020, il faut donc rester attentif pour s’inscrire à temps !

Pourquoi incitez-vous les jeunes des lycées hôteliers à venir à cette exposition ?

CL : La visite est plutôt divertissante et se fait en un peu plus de 2 heures. Elle permet de comprendre facilement les enjeux liés à l’alimentation. Ceux qui sont à l’école hôtelière s’intéressent forcément à ce sujet de société. D’ailleurs, nous avons monté un projet pédagogique avec une classe en baccalauréat technologique du lycée Guillaume Tirel à Paris (XIVe). Ils doivent travailler sur un sujet de leur choix et proposer une œuvre et/ou un évènement qui seront présentés à l’occasion de la Nuit des musées au Musée de l’Homme (mai 2020). Nous allons aussi imaginer des dîners thématiques dans les lycées hôteliers, liés à une thématique de l’exposition !

Dans 50 ans, serons-nous seul ou à plusieurs à table ?
Arts de la table prêtés par le Palais de l’Élysée, et mis en scène par l’argentier Stéphane Guénaud.
Le vrai crâne d’Antonin Carême.
Buffet sucré.
Aliments déstructurés : mangerons-nous une blanquette de veau en poudre ?
Menus prêtés par le collectionneur Jean-Maurice Sacré.

Infos pratiques :

Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75 016 Paris – museedelhomme.fr

Jusqu’au 1er juin 2020, Lundi au dimanche, 11h à 19h – Comptez 2h30 de visite

Retrouvez aussi les billets d’expert de Christophe Lavelle dans chaque magazine Un oeil en salle