Le Norvégien Nikolai Haram Svorte, 29 ans, a remporté le concours ASI du Meilleur sommelier du monde, vendredi 16 octobre, à Lisbonne. Pour sa première participation, il devance la Française Pascaline Lepeltier et le Japonais Wataru Iwata, déjà finaliste à ses côtés lors de la précédente édition. Au-delà du podium, cette semaine portugaise a mis en lumière l’exigence du métier, la préparation des candidats et la transmission aux nouvelles générations.
Le suspense a pris fin sur la scène du théâtre Coliseu dos Recreios, à Lisbonne. À 29 ans, Nikolai Haram Svorte décroche le 18ᵉ titre de Meilleur sommelier du monde, organisé par l’Association de la sommellerie internationale (ASI). Déjà sacré meilleur sommelier de Norvège quatre années consécutives, de 2023 à 2026, puis meilleur sommelier des pays nordiques en 2025, il s’impose dès sa première participation à ce concours mondial. La Française Pascaline Lepeltier termine deuxième, tandis que le Japonais Wataru Iwata complète le podium. Un résultat qui réunit trois candidats aux parcours remarqués : Pascaline Lepeltier avait terminé quatrième en 2022, tandis que Wataru Iwata s’était classé cinquième lors de l’édition 2023, à Paris.
Une finale de haut niveau, entre technique et culture
Pendant plus de quatre heures, les trois finalistes ont enchaîné les ateliers devant le jury présidé par le Suédois Andreas Larsson, Meilleur sommelier du monde 2007. Au programme : vérification d’une mise en place réalisée par un commis, identification à l’aveugle de quatre vins de différents pays, analyse organoleptique, reconnaissance d’apéritifs et de sakés, ou encore correction d’étiquettes de vin comportant des erreurs. Le service a également occupé une place centrale. Les candidats devaient notamment décanter et servir un Porto Vintage Graham’s 2003, en proposant un accord pertinent. Une autre épreuve les invitait à imaginer des accords pour un menu complexe, en sélectionnant cinq vins effervescents issus de cinq pays différents. Un éventail d’exercices qui mobilise autant la précision du geste que la connaissance des produits, l’argumentation et la capacité à s’adapter.
Les demi-finales, disputées la veille, avaient déjà mis les vingt candidats qualifiés à rude épreuve. Après un questionnaire théorique à choix multiples, ils ont enchaîné plusieurs ateliers chronométrés : identification de vins et de leurs méthodes de production, dégustation descriptive, reconnaissance de quatre boissons à l’aveugle et justification de leurs associations. Un exercice de service d’un vin blanc pour quatre convives complétait le programme, suivi d’un échange autour de la place de l’alcool dans le vin et des alternatives envisageables.
Sur scène, Pascaline Lepeltier a livré une prestation particulièrement remarquée, précise et expressive. « On a assisté à une finale magistrale de Pascaline, qui s’est montrée talentueuse, démonstrative, et concise. C’était vraiment une belle finale ! », confie son suppléant, Florent Martin, Meilleur sommelier de France 2020 et Meilleur ouvrier de France 2023. Il souligne toutefois une dimension essentielle de ce type de compétition : la compréhension des grilles de notation. « Je pense que Pascaline a marqué beaucoup de points sur beaucoup d’épreuves, mais sur certaines zones, c’est le candidat norvégien qui s’est distingué, peut-être avec un petit peu moins d’enthousiasme, un petit peu moins de lumière, mais peut-être un petit peu plus d’efficacité, analyse-t-il. Ça correspond moins à notre façon de penser la sommellerie en France, mais c’est constructif pour nous. »
Quatre années de préparation et une expérience fondatrice
Derrière cette deuxième place se trouvent plusieurs années de travail. Pascaline Lepeltier a notamment organisé sa préparation autour d’un rétroplanning et de révisions régulières, avec le soutien de l’équipe de France supervisée par David Biraud, et composée également aux côtés de Florent Martin, Romain Iltis, Bastien Debono et Philippe Troussard. Des questionnaires et des thématiques étaient préparés chaque semaine avec les professionnels qui l’accompagnaient. À l’issue du concours, la sommelière retient surtout le chemin parcouru et les enseignements tirés de cette expérience. « Ces quatre ans de préparation m’ont apporté énormément. J’ai vraiment grandi, j’ai appris plein de choses sur moi, je me sens super bien », confie-t-elle. Si une légère déception accompagne nécessairement la deuxième place, elle reconnaît volontiers la victoire de son concurrent norvégien. Elle souhaite également que cette compétition serve d’exemple aux jeunes professionnels : « C’est fantastique pour les jeunes, c’est fantastique pour s’inspirer et se dire qu’on peut aller vers l’excellence, qu’on peut être récompensé. » Pour Pascaline Lepeltier, cette aventure dépasse ainsi le seul résultat. Elle lui a permis de progresser dans sa gestion du stress, de mieux se connaître et de renforcer sa pratique professionnelle au quotidien.

La semaine du concours a également été l’occasion de faire vivre la sommellerie sur le terrain de la formation. Quinze élèves de terminale STHR du lycée hôtelier François-Rabelais de Dugny, accompagnés de trois enseignants – dont Benjamin Millioux à l’origine de cette initiative -, ont participé à une mobilité de groupe Erasmus à Lisbonne, en partenariat avec l’Escola Profissional Técnica da Moita (EPTM). Au programme : rencontres avec les élèves portugais, ateliers professionnels autour des fromages et des boissons de France, découverte de la cuisine portugaise et masterclass consacrée à la diversité des vins de Porto et du Douro.
Point d’orgue de cette mobilité, les élèves ont pris part au service des vins du dîner de gala organisé vendredi soir au pavillon Carlos Lopes, en présence d’environ 650 convives. Répartis par secteurs de tables, ils assuraient l’envoi des vins avant de passer le relais aux sommeliers chargés du service auprès des invités.
Le lycée François-Rabelais était la seule école hôtelière présente pour ce dîner international. Une expérience professionnelle grandeur nature, qui a permis aux élèves de découvrir les exigences d’un événement d’envergure mondiale et de participer, à leur échelle, à cette semaine exceptionnelle pour la sommellerie.


