Après deux journées d’épreuves – un service à table et quatre entretiens – les 7 et 8 octobre 2026 au lycée hôtelier international de Lille (59), deux des neuf finalistes sont titulaires du diplôme d’Un des Meilleurs Ouvriers de France. Cette 28ᵉ session marque également la fin de la présidence de Philippe Faure-Brac, qui accompagnait la classe depuis sa création en 2000. Ils sont désormais 27 titrés.
Durant ces deux jours, au lycée hôtelier international de Lille (59), neuf candidats, retenus à l’issue des qualifications du 27 avril dernier, se sont affrontés lors de la finale de la classe « Sommellerie » du concours Un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF). Deux d’entre eux ont décroché le titre : Emmanuel Cadieu et Edmond Gasser. Le mercredi, les finalistes ont assuré pendant deux heures un service en conditions réelles, épaulés par des commis en salle et en sommellerie. Cette épreuve représentait environ un tiers de la note finale. Les finalistes devaient notamment ouvrir en public un magnum de Côte-Rôtie 2018, proposer des accords et assurer différents services du vin. Ils étaient également confrontés à des situations imprévues : un client souhaitant fractionner son repas, ou encore une commande de thé glacé nécessitant un temps d’infusion. Autant de circonstances destinées à tester leur capacité à gérer les priorités, à respecter la préséance et à préserver la fluidité du service sans compromettre l’expérience des autres convives. « L’excellence du service reste primordiale, mais le sommelier est aussi un gestionnaire« , résume Laurent Derhé, MOF 2007 et responsable de la commission des sujets, en faisant référence aux ateliers qui attendaient les finalistes le lendemain.
Du geste technique à la gestion d’un établissement
Le jeudi donc, il y avait quatre entretiens successifs devant quatre jurys au programme. Le premier, consacré au bar, portait sur les spiritueux, leurs conditions et températures de service, ainsi que les cocktails classiques. Au-delà de la technique, les candidats devaient démontrer leur connaissance des produits et leur aptitude à les valoriser commercialement. Le deuxième les plaçait face à une cliente fictive souhaitant organiser un repas gastronomique pour des invités aux attentes précises, notamment la découverte de grands vins espagnols, avec un intérêt particulier pour les blancs. Il leur fallait construire une sélection cohérente, argumenter leurs choix et adapter leurs propositions au projet de la cliente. La dégustation constituait le troisième atelier. Identification des vins, caractéristiques, millésimes, dosage du champagne et particularités de son élaboration figuraient au programme. Les candidats devaient également proposer des accords plus inattendus, notamment autour d’un cidre et d’un plat végétarien. Enfin, le quatrième atelier prenait la forme d’une étude de cas préparée pendant un mois. Le sujet portait sur l’ouverture d’un établissement hôtelier de prestige sur la Côte d’Azur et la conception d’un projet commercial autour de son offre de vins et de banquets. Les candidats devaient présenter et défendre leurs propositions, les chiffrer et répondre aux questions du jury, en démontrant leur compréhension des enjeux économiques et de gestion. À travers ces mises en situation, le concours évaluait ainsi le sommelier dans toute l’étendue de ses responsabilités : conseiller et transmettre, bien sûr, mais aussi vendre, organiser, anticiper et gérer.
Philippe Faure-Brac passe le relais après vingt-six ans
Cette 28ᵉ session avait une saveur particulière. À l’origine de la création de la classe « Sommellerie » en 2000, Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde en 1992 et MOF honoris causa en 2015, en a assuré la présidence depuis la première session, organisée à Illkirch (67). Vingt-six ans plus tard, il présidait à Lille sa dernière finale. Laurent Derhée devrait lui succéder à la présidence de la classe.
Emmanuel Cadieu : la force tranquille
Directeur de la sommellerie du Cheval Blanc Paris, Emmanuel Cadieu supervise les caves des quatre restaurants du palace, dont Plénitude, la table triplement étoilée d’Arnaud Donckele. Né en 1988 à Rennes (35), ce Breton découvre le vin lors de voyages en famille et de visites de domaines avec son père. Après un BTS en hôtellerie-restauration, il se spécialise en sommellerie à Tain-l’Hermitage (26), puis passe par l’Auberge du Pont d’Acigné (35) et la Maison Lameloise, à Chagny (71), auprès d’Éric Pras. En 2013, il part à Londres, chez Gordon Ramsay, où il travaille deux ans aux côtés de Clare Smyth, avant de poursuivre son parcours à Sydney. Il y devient chef sommelier et remporte le titre de Meilleur Jeune Sommelier d’Australie. De retour en Europe, il rejoint le club londonien 67 Pall Mall, puis participe, en 2020, à l’ouverture du Cheval Blanc Paris (75). Sommelier de l’année du magazine Le Chef en 2024 et lauréat du Trophée Sommelier Gault&Millau en 2025, il défend une vision du métier dans laquelle les qualités humaines comptent autant que les connaissances techniques.
Edmond Gasser : la patience en maitre mot
Né à Paris en 1989, Edmond Gasser ne se destinait pas à la sommellerie, mais à la psychologie. C’est une journée portes ouvertes qui lui fait découvrir l’hôtellerie et infléchit son parcours. Après un BTS au lycée Albert-de-Mun, il se forme à la sommellerie auprès de Franck Ramage, avant de faire ses premières armes au Four Seasons Hotel George V à Paris, en 2011. L’aventure le conduit ensuite à Munich, au Königshof, où il décroche en 2015 le titre de Meilleur Jeune Sommelier d’Allemagne, puis le Challenge international Sud de France. De Genève à Lausanne, en passant par le Beau-Rivage et le Mandarin Oriental, il affine son approche du métier et devient chef sommelier en 2017. L’année suivante, il rejoint le Beau-Rivage Palace de Lausanne auprès d’Anne-Sophie Pic. Une rencontre qui marque le début d’une collaboration appelée à durer. À partir de 2020, il dirige la sommellerie de la Maison Pic à Valence (26), où il cultive un art des accords qui ne se limite pas aux vins : les créations sans alcool et les boissons plus largement y trouvent aussi leur place. Élu Sommelier de l’année par Gault&Millau Suisse en 2020, il reçoit en mars 2026 le Prix de la Sommellerie du Guide Michelin. Derrière ce parcours jalonné de distinctions, Edmond Gasser revendique une qualité essentielle à ses yeux : la patience. « Celle qui permet de comprendre un vin, d’affiner une association, de prendre le temps de chercher plutôt que de se satisfaire d’une évidence. « C’est un métier dans lequel la patience est récompensée. Mais c’est aussi et surtout un métier dans lequel il faut prendre le temps de comprendre et de s’enthousiasmer. Il faut rester émerveillé », dit-il. Désormais consultant en sommellerie depuis quelques semaines, le nouveau MOF entend poursuivre cette quête de sens et d’émotion, au-delà des frontières d’un restaurant.
Les 9 finalistes de la 28e session :
- Emmanuel Cadieu, directeur de la sommellerie, Cheval Blanc Paris (Ier) – Finaliste UMOF en 2022
- Bastien Debono, chef sommelier, La Maison Bleue – Yoann Conte à Veyrier-du-Lac (74) – Finaliste UMOF en 2022
- Maxime Brunet, chef sommelier, Hostellerie du Chapeau Rouge à Dijon (21) – Première participation
- Francesco Cosci, directeur de la sommellerie, Le Bristol Paris (VIIIe) – Première participation
- Arnaud Fatôme, chef sommelier, Hôtel Saint-James à Paris (XVIe) – Première participation
- Edmond Gasser, chef sommelier, Maison Pic à Valence (26) – Première participation
- Jean-Vincent Ridon, sommelier, Sommeliers Academy à Cape Town (Afrique du Sud) – Première participation
- Julien Sarrasin, chef sommelier, Hide Restaurant à Londres (Angleterre) – Première participation
- Frédéric Schaetzel, sommelier à L’Auberge de l’Ill à Illhaeusern (68) – Première participation
Les lauréats depuis la création du titre :
- 2000 : Arnaud Chambost ; Éric Duret ; Christian Pechoutre ; Franck Thomas
- 2004 : David Biraud ; Dominique Laporte ; Christophe Tassan
- 2007 : Laurent Derhé ; John Euvrard ; Fabrice Sommier
- 2011 : Bruno Meril ; Antoine Pétrus ; Manuel Peyrondet ; Benjamin Roffet
- 2015 : Romain Iltis ; Pascal Paulze ; Philippe Troussard ; Denis Verneau ; Philippe Faure-Brac (honoris causa)
- 2018 : Éric Goettelmann ; Jean-Baptiste Klein ; Pascaline Lepeltier ; Nicolas Vialettes ; Paul Brunet (honoris causa)
- 2022 : Gaëtan Bouvier ; Florent Martin ; Xavier Thuizat
- 2026 : Emmanuel Cadieu ; Edmond Gasser



