Pour la première fois de son histoire, le concours du Meilleur Sommelier de France a posé ses verres à Lyon. Après une demi-finale particulièrement exigeante organisée à l’Institut Lyfe et une finale spectaculaire au Théâtre des Célestins, Clément Sommier s’est imposé avec 141 points sur 180. Cette édition 2026 a démontré que le sommelier d’aujourd’hui est un professionnel de toutes les boissons.
Créé en 1961, le concours du Meilleur Sommelier de France, organisé par l’Union de la sommellerie française (UDSF), a tenu sa demi-finale et sa finale dans la capitale des Gaules, entre l’Institut Lyfe et le Théâtre des Célestins, les 28 et 29 juin 2026. Une édition également marquée par un nouveau souffle. L’organisation technique était confiée pour la première fois au duo composé de Cindy Schirr, cheffe sommelière du restaurant Julien Binz à Ammerschwihr, et de Gaëtan Bouvier, Meilleur Sommelier de France 2016, Meilleur Ouvrier de France Sommelier 2022, manager et chef sommelier à l’Institut Lyfe. Leur ambition : proposer des épreuves plus proches de la réalité du terrain. « Pour construire ces épreuves, nous nous sommes demandés ce qu’un employeur attend aujourd’hui d’un Meilleur Sommelier de France. Nous en avons sollicité une dizaine. Nous voulions valoriser toutes les facettes du métier », explique Gaëtan Bouvier.
Une demi-finale digne… d’une finale
Dimanche 28 juin, les six demi-finalistes – Julia Scavo, Audrey Brugière, Marie Wodecki, Augustin Belleville, Pierre-Alexis Mengual et Clément Sommier – ont affronté six ateliers à huis clos à l’Institut Lyfe. Le tout dans une chaleur particulièrement éprouvante. Certaines épreuves auraient pu figurer en finale. « Nous avons volontairement imaginé des ateliers difficiles, presque casse-gueule. Nous voulions sortir de la zone de confort des candidats« , souligne Gaëtan Bouvier. Au programme : dégustation à l’aveugle, analyse sensorielle, l’art du cupping et le service du café, carafage avec exercices de dosage, épreuve de mixologie en anglais autour du kir et prise de parole sur les boissons sans alcool. Cet ultime atelier a également marqué la première participation d’Un Œil en Salle au jury. Pour Gaëtan Bouvier, cette évolution reflète celle du métier : « Un sommelier, ce n’est pas uniquement le vin. C’est le professionnel de toutes les boissons. Nous croyons beaucoup à l’hybridation des métiers de la salle ! » À l’issue de cette demi-finale, les noms des trois finalistes sont restés secrets jusqu’au lendemain, entretenant le suspense jusqu’à l’ouverture de la finale au Théâtre des Célestins.
Une finale sous haute pression devant 400 spectateurs
Lundi 29 juin, au Théâtre des Célestins, le suspense est resté entier jusqu’à 14 heures, lorsque les trois finalistes ont été dévoilés : Clément Sommier, Audrey Brugière et Augustin Belleville. Le tirage au sort désigne l’ordre de passage : Clément Sommier ouvre le bal, Audrey Brugière passe en deuxième position et Augustin Belleville conclut la compétition. Chaque candidat dispose de 55 minutes pour enchaîner sept ateliers sans interruption devant près de 400 spectateurs. Au programme à nouveau :
- identifier les erreurs de dix cocktails de référence ;
- assurer un service d’apéritif comprenant trois champagnes servis au Coravin et une création sans alcool à base de citron et verveine ;
- construire et défendre un menu lyonnais en sept temps à partir de vins européens pour le 90ᵉ anniversaire des Toques Blanches Lyonnaises ;
- réaliser l’analyse sensorielle d’un vin argentin, bâtir un argumentaire commercial puis mettre en scène son service ;
- reconnaître une sauce imaginée par Davy Tissot, Bocuse d’Or 2021, avant de proposer un accord mets-vin ;
- conseiller une clientèle internationale lors d’une épreuve en anglais autour d’une expérience gastronomique à Roanne ;
- reconnaître cinq eaux-de-vie, réorganiser un chariot de digestifs, présenter les produits puis assurer le service de trois d’entre eux.
Une dernière question de culture générale portait sur le cinquantième anniversaire du Jugement de Paris, dégustation historique qui bouleversa la hiérarchie mondiale des vins.
Une remise de prix chargée d’émotion
Avec 141 points sur 180, Clément Sommier remporte le titre de Meilleur Sommelier de France 2026. Augustin Belleville termine deuxième avec 90 points, tandis qu’Audrey Brugière complète le podium avec 70 points. Originaire de Bourgogne, Clément Sommier s’est d’abord orienté vers des études de sciences politiques avant d’obtenir un master en commerce du vin à la Burgundy School of Business. Ses premières saisons chez Georges Blanc lui donnent définitivement le goût de la salle et de la sommellerie. Depuis cinq ans, il exerce en Suisse au sein du groupe Berthaudin. Les concours deviennent rapidement un objectif. Demi-finaliste du concours du Meilleur Jeune Sommelier de France en 2021 et 2023, finaliste du Meilleur Sommelier de France en 2024 derrière Bastien Debono, il décroche cette année la consécration. « Avoir déjà concouru en 2024 a été un réel avantage dans ma préparation et dans mon approche des épreuves« , confie le nouveau champion.
Le moment le plus fort de cette édition est peut-être intervenu au moment de l’annonce du résultat. C’est Fabrice Sommier, président de l’UDSF et père du vainqueur, qui a dû annoncer le nom du nouveau Meilleur sqssommelier de France. Un exercice délicat, accompli avec beaucoup de retenue, avant une accolade particulièrement émouvante entre le père et le fils. À seulement 29 ans, Clément Sommier inscrit désormais son nom au palmarès du concours. Cette édition 2026 restera comme celle d’une sommellerie en pleine évolution, où les compétences techniques s’enrichissent désormais d’une parfaite maîtrise du service, de la communication, de la mixologie, du café et des boissons avec ou sans alcool.
Le podium 2026 :
Clément Sommier, sommelier-conseil chez Berthaudin
Augustin Belleville, assistant chef sommelier chez Alléno Paris, et dès le 20 juillet à Épicure de l’Hôtel Le Bristol Paris
Audrey Brugière, sommelière et propriétaire de Vol aux Vins à Velaux
Le regard d’Un Œil en Salle :
La grande force de cette édition est d’avoir montré que le sommelier ne se limite plus au vin. Service, café, cocktails, boissons avec ou sans alcool ou éloquence : autant de compétences désormais indissociables des métiers de salle. Une évolution que défend depuis dix ans Un Œil en Salle, convaincu que l’avenir de la restauration passe par des équipes toujours plus polyvalentes.



